L'ACTUALITE DU JOUR

* * * * NOUVEAU Mercredi, 24 avril 2019. « A Rome, au-dessus de la porte de l’église Santa-Maria-in-Campitelli, une inscription rappelle dans quelle disposition d’âme nous devons entrer dans un lieu sacré. On peut y voir en lettres noires sur fond d’or ces paroles du psalmiste : “Introibo in domum tuam Domine. Adorabo in templum sanctum tuum in timore tuo”. “J’entrerai dans ta maison, Seigneur. Dans ton temple sacré je t’adorerai dans la crainte”.
Je crois que tous, nous devrions nous remémorer ces mots en entrant dans une église. Les prêtres devraient les porter particulièrement en leur cœur quand ils montent à l’autel. Ceux-ci doivent se souvenir que, à l’autel, ils sont face à DIEU. A la messe, le prêtre n’est pas un professeur qui donne une leçon en se servant de l’autel comme d’une tribune dont l’axe serait le micro et non la Croix. L’autel est le seuil sacré par excellence, le lieu du face-à-face avec DIEU. »

Cardinal Robert SARAH,
Le soir approche et déjà le jour baisse, éd. Fayard, p. 54.

* * * * NOUVEAU Mercredi, 24 avril 2019. Déjà du temps du pape Jean-Paul II (lequel avait nommé le cardinal Ratzinger à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la Foi), l’Eglise connaissait une crise doctrinale, liturgique et morale d’ampleur. Les choses ne sont pas améliorées depuis, comme le fait régulièrement remarquer le cardinal Sarah, actuel préfet de la Congrégation pour le Culte divin. Preuve en est ce qu’a révélé le journal allemand « Die Zeit » peu avant les fêtes de Pâques : les déclarations d’un éminent criminologue de Hanovre (D), le professeur Christian Pfeiffer, dénonçant les pressions exercées sur lui et sur l’Institut de criminologie qu’il dirige, par le cardinal Reinhard Marx et Mgr Stephan Ackermann.

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Rappelons que le cardinal Marx, archevêque de Munich (D) et président de la conférence des évêques d’Allemagne est aussi un des plus proches conseillers du pape François. Quant à Mgr Ackermann, il est évêque de Trèves/Trier et officiellement chargé des affaires d’abus sexuels. Le professeur Pfeiffer affirme avoir été victime de véritables menaces visant à lui interdire de publier une étude effectuée par son Institut et concernant les cas d’abus sexuels commis dans l’Eglise.
En 2012 déjà, Christian Pfeiffer avait eu maille à partir avec Mgr Ackermann ainsi qu’avec le secrétaire de la Conférence des évêques, Hans Langendörfer. Selon l’article du journal « Die Zeit », il s’agissait alors de persuader le professeur Pfeiffer de signer un contrat visant à présenter son enquête en « termes acceptables » du point de vue de l’épiscopat : « Ils voulaient - précise le professeur Pfeiffer - nous obliger à taire toute accusation de censure et de velléité de contrôle de la part de l’Eglise.
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Cela semblait très important pour eux d’arriver à ce résultat.»
A cette époque, les responsables de la Conférence des évêques d’Allemagne avaient proposé au professeur Pfeiffer 120 000 euros en échange de son silence. Comme le criminologue avait refusé, il lui fut signifié qu’ « on » allait s’en prendre à sa réputation ainsi qu’à celle de son Institut et que son refus de signer serait considéré comme une « faute lourde de conséquences ».
Les fidèles catholiques d’Allemagne se demandent ce qu’attend le pape François pour se défaire des « services » de NN. SS. Marx et Ackermann.


* * * * Mardi, 23 avril 2019. Le Jeudi saint, le pape François est allé laver les pieds à des prisonniers au cours d’une liturgie d’une pauvreté affligeante. Et tous les fidèles qui ont remplacé la foi par du sentimentalisme bon teint d’y aller de leurs commentaires : « Quel beau geste ! Quelle humilité ! » Nous avons déjà abordé, sur notre site internet, la question du véritable sens du rite du lavement des pieds : il n’est pas seulement un geste d’humilité, d’abaissement, mais aussi et avant tout, dans le contexte de la liturgie du Jeudi saint, le signe d’une préparation à l’exercice du sacerdoce ministériel institué par le Christ et supprimé par les réformateurs protestants. Y a-t-il quelqu’un au Vatican qui puisse l’expliquer au pape François ? Pas sûr.
La liturgie qui se déroulait dans la prison était proprement misérable. Autrement dit, on aura privé les prisonniers de la beauté liturgique à laquelle l’Eglise tient à faire participer chcun de ses enfants. Certains répliqueront peut-être qu’on était là dans cette pauvreté que souhaitait vivre Saint François d’Assise que l’actuel pape a pris comme modèle. C’est pourtant mal connaître l’idéal franciscain : si pour Saint François, l’idéal de la vie chrétienne était la pauvreté, c’est-à-dire un détachement du monde matériel qu’il ne faut pas confondre avec la misère, pour le culte liturgique rendu à Dieu, rien ne devait être assez beau, assez soigné. Par conséquent, le misérabilisme liturgique est totalement étranger à l’idéal du « Poverello » d’Assise.
Le psaume 33 est, à ce sujet, éclairant. Voici ses premiers versets :
« Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur : que les pauvres m’entendent et soient en fête !
Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom. (...) »
Comme on l’apprend ici : les pauvres sont en fête lorsqu’ils entendent - et probablement aussi qu’ils voient - que l’on glorifie et que l’on magnifie le Seigneur.
Or, le rite du lavement des pieds, tel qu’il est fait par l’évêque de Rome, a conduit à inverser les enseignements du psalmiste : au lieu de glorifier le Seigneur pour permettre aux pauvres d’être en fête, on en arrive à enseigner que la « glorification » des pauvres doit remplacer le culte de louange rendu au Seigneur, lequel demeure pourtant le seul moyen, y compris pour les pauvres, d’avoir le coeur véritablement en fête au sens chrétien de l’expression.

* * * * Mardi, 23 avril 2019. 8 décembre 1965 : fin du concile Vatican II. 2 500 évêques se séparent, heureux d’avoir longuement discuté, d’avoir bien travaillé pour mettre l’Eglise au diapason de ce XXe siècle secoué par deux guerres mondiales. Les sociétés ont changé : les évêques se sont employés à trouver les moyens de leur parler, de se faire entendre d’elles.
Les évêques s’en retournent dans leurs diocèses respectifs après avoir approuvé des documents que beaucoup d’entre eux n’ont pas pris la peine de lire si l’on en croit le P. Louis Bouyer. On aurait tort d’imaginer qu’ils aient pris le temps de les étudier pour pouvoir les expliquer à leurs prêtres.
Arrivés chez eux, ils distribueront aux fidèles des feuillets où sont résumées les « orientations conciliaires » ; des feuillets qu’ils prendront pas la peine de lire car ils ont été préparés par des « spécialistes » : des théologiens en qui ils ont pleine confiance. Or nombre de ces « spécialistes » n’ont qu’une idée en tête : se débarrasser d’un passé catéchétique, liturgique, doctrinal qui leur est pesant et, par conséquent, leur semble inadapté aux innovations qui s’affichent de plus en plus dans les paroisses qu’ils ont sous les yeux. Vatican II, dont les documents finaux demeurent peu connus, sera le merveilleux prétexte pour tout « bazarder ». Au nom du « printemps de l’Eglise » voulu par les pères conciliaires, au nom des rôles que devront désormais tenir les laïcs (pas tous les laïcs : seulement ceux dont la béatitude devant toute nouveauté remplace une capacité de réflexion), au nom de l’ « ouverture au monde », il va falloir se dépêcher de tout changer, à commencer par la liturgie.
Pourquoi la liturgie ? D’abord parce qu’elle est ce qui touche le plus les fidèles sur le plan religieux et affectif, et ensuite parce qu’elle est - dit le Concile - le sommet et la source de la vie de l’Eglise. Ceux qui rêvent d’une « Eglise nouvelle » ont donc rapidement compris qu’en arasant le sommet et en asséchant la source, l’Eglise deviendra un magma de communautés composées de fidèles influençables à souhait, prêts à accepter n’importe quelle fadaise rituelle, musicale, décorative... du moment que la messe ne ressemble plus à ce qu’elle était « avant ».
C’est dans ce contexte que le clergé français se dépêcha donc de tout changer - les autels, la façon de donner la communion, le catéchisme... - et de supprimer tout ce qui pouvait rappeler l’ancienne façon de mettre en œuvre la liturgie - le latin, le chant grégorien, les vêtements des célébrants, la dignité, les chorales, les servants de messe...- pour transformer l’Eucharistie en un moment convivial, en quelque chose de joyeux, en une action « évolutive » et « adaptable » aux goûts de prêtres devenus « animateurs » de communautés paroissiales. La liturgie devait se couper de la foi qui en était le fondement pour n’être plus que l’occasion de sympathiques retrouvailles dominicales.
En réalité, à la place du « renouveau » et de l’enthousiasme souhaités, ce fut une défection silencieuse bientôt suivie d’un désintérêt total pour ce qui se passait dans les églises paroissiales.
L’écroulement de la liturgie programmé par un clergé se réclamant abusivement de Vatican II allait entraîner la chute de la doctrine et de la morale, surtout dans les séminaires diocésains où furent conduit vers le sacerdoce des jeunes hommes souvent immatures et qui, n’ayant rien appris, allaient former quelques années plus tard ce clergé égaré et abandonné à lui-même en plus d’être incapable de transmettre et d’enseigner quoi que ce soit qui puisse consolider la foi des baptisés.
Une seule génération de clercs travaillant en sous-main aura donc réussi, sur la base d’une falsification des enseignements conciliaires (qui se poursuit à l’heure actuelle dans 90% des paroisses) à anéantir ce que l’Eglise avait mis des siècles à construire en asƒsemblant, dans d’exacts rapports adaptés aux légitimes aspirations du peuple, la justesse de la doctrine et la noble beauté de son expression liturgique.
L’histoire nous montre donc que la crise du catholicisme contemporain aura été - et reste aujourd’hui encore - l’œuvre désastreuse d’un clergé au sein duquel se trouvent des prêtres influents qui, comme le faisaient remarquer le cardinal Daniélou hier et le cardinal Müller aujourd’hui, n’ont plus la foi catholique ou bien imaginent que la foi reçue des Apôtres peut être avantageusement remplacée par une bien-pensance de type sentimentalo-socialiste.
Les églises de ces clercs sont vides : ils n’en ont cure et ne remettent jamais leur pastorale en cause. Le fidèle qui tente d’expliquer à son curé que ses messes boiteuses et ses célébrations difformes font fuir plus qu’elles n’attirent et rassemblent, est immédiatement soupçonné d’être un « traditionaliste » quand bien même ce fidèle ne demande qu’une chose : que les décisions du Concile soient appliquées.
Certes, ici ou là, des évêques voyant où vont les jeunes catholiques pratiquants, commencent à remettre en place ce que leurs prédécesseurs avaient pris la peine de démolir. Le fidèle attentif observe parfois quelques améliorations dans la façon de célébrer la liturgie. Demeurent deux problèmes :
1. Quelques améliorations ne suffisent pas à redonner à la liturgie sa cohérence et son intégrité : il ne suffit pas de remplacer le pot en terre cuite des années 1970 par un beau calice ; il faut aussi changer tout le reste (chants, orientation, attitudes, animation, service d’autel...) et supprimer ce qui n’a pas sa place dans une église (banderoles, slogans, panneaux... et tout le bric-à-brac qu’on découvre généralement dans un bas-côté ou dans un confessionnal inutilisé ;
2. Il faut avoir le courage de se confronter, dans les paroisses, aux fidèles proprement pavlovisés par des années de pastorale destructrice et pour qui toute amélioration dans le sens voulu par Vatican II est synonyme d'un « retour en arrière » inacceptable.
En conclusion, il faut dire que, premièrement, si les changements ne se font pas maintenant et vite, dans vingt ans, il sera trop tard : l’Eglise catholique aura disparu du paysage français faute de prêtres. Et deuxièmement, il faut insister sur les vertus d’une bonne pédagogie : les améliorations ne peuvent se faire et porter des fruits que si l’on prend le soin d’en expliquer aux fidèles les raisons en se basant sur deux ouvrages : les textes conciliaires et la dernière version - si possible en latin - du missel romain. C’est le seul moyen de faire comprendre aux fidèles les erreurs qui ont été faites et aussi pourquoi en liturgie il faut faire ce que l’Eglise demande de faire et non ce que veut faire tel prêtre, tel organiste, tel groupe de fidèles.


* * * * Lundi de Pâques :
L’ « Alleluia, surrexit Dominus » chanté par les moines de Saint-Joseph de Clairval (Flavigny) : cliquer ici.

* * * * Dimanche de Pâques.
Le “Salve festa dies ” : cliquer ici. La messe du jour : cliquer ici.

* * * * Dimanche de Pâques. Qui n’a jamais été fasciné par le spectacle d’un coucher de soleil, spectacle souvent associé aux vacances ? Un lever de soleil aussi peut être romantique : quelle joie de saluer le jour qui se lève ! Les ténèbres disparaissent, les premiers rayons du soleil apportent lumière et chaleur, d’abord très discrètement, puis de plus en plus intensément. C’est à ce moment-là que les chrétiens célèbrent la plus importante de leurs fêtes, la plus dense sur le plan liturgique.
La nuit de Pâques peut être célébrée soit en début soit en fin de nuit. Mais si l’on considère que toute la fête repose sur la symbolique du passage des ténèbres à la lumière, il apparaît que si une célébration organisée le soir, après le coucher du soleil, a certes des côtés pratiques, une célébration placée au lever du jour correspondrait mieux à l’essence même de cette liturgie. Ainsi la liturgie de Pâques débuterait dans l’obscurité : l’Eglise bénit le feu pascal, la lumière est transportée dans l’église et partagée entre les fidèles, et l’on chante l’ « Exultet », la louange solennelle de la lumière pascale.
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De tout temps l’Eglise a comparé la Résurrection du Christ avec le soleil levant.
Qu’on pense à la façon dont Matthias Grünewald a représenté la Resurrection du Christ au XVIe siècle sur son retable d’Issenheim : Jésus-Christ y apparaît comme un soleil personnifié illuminé de l’intérieur. Et pourtant, le corps de Jésus porte les stigmates de sa Passion, preuve qu’il ne s’agit pas ici d’une transfiguration ésotérique, mais d’une réelle transformation, au cours de laquelle la personnalité et l’histoire individuelle restent intactes. Le Crucifié et le Ressuscité sont tout un.
Angelus Silesius a repris cette même symbolique dans ces vers qui sont parvenus jusqu’à nous et qui sont chantés aussi bien dans la liturgie catholique que dans le culte protestant en Allemagne:
« Morgenstern der finstern Nacht, der die Welt voll Freuden macht, Jesu mein, komm herein, leucht in meines Herzens Schrein. (…) Du erleuchtest alles gar, was jetzt ist und kommt und war; voller Pracht wird die Nacht, weil dein Glanz sie angelacht. »
« Sainte étoile du matin, qui illumine la nuit et remplit la terre de sa joie, mon Jésus, viens en moi, illumine le secret de mon cœur. (…) Tu illumines tout ce qui est, tout ce qui vient et tout ce qui était. Grandiose est la nuit que ton sourire illumine. »
C’est pour toutes ces raisons que, déjà dans l’Eglise primitive, les fidèles se tournaient vers l’Est lors de la célébration de la sainte messe. Les prêtres et les fidèles se trouvaient ainsi dans une orientation commune au cours de leur prière : ils faisaient face au Christ ressuscité, symbolisé par le soleil levant.
Dans les églises orthodoxes on a conservé cette attitude mais dans la plupart des églises catholiques et protestantes, l’orientation de la prière a été malheureusement abandonnée pour mettre l’accent davantage sur la communion du prêtre avec l’assemblée. Au départ, beaucoup d’églises avaient pourtant été construites en orientant l’abside vers l’Est.
Dans l’Eglise catholique, la célébration « ad orientem » a disparue de facto depuis la réforme liturgique : mais cette liquidation ne repose sur aucune norme liturgique. Il importe de repréciser les choses : la célébration de la messe n’est pas un face à face prêtre/communauté. Le Cardinal Ratzinger, futur pape Benoît XVI, écrivait déjà dans ses livres consacrés à la liturgie que le célébrant devrait à tout le moins se tourner vers une grande croix pour célébrer la messe, créant ainsi une sorte d’orient virtuel pour pallier la perte d’une orientation physique réelle.
Au cours de l’été 2016, le cardinal Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin, a encouragé prêtres et fidèles à reprendre l’habitude de se tourner ensemble dans la même direction pour prier. Il a même clairement demandé que tous les prêtres reviennent à la célébration de la messe « ad orientem ». Malheureusement, le pape François n’a donné aucune suite à cette demande.
La liturgie catholique a ainsi perdu son orientation. Qui, parmi les chrétiens, connaît encore de nos jours la symbolique du soleil levant ? Les petites images distribuées lors des enterrements montrent souvent plutôt un soleil couchant pour exprimer la tristesse des proches. Pourtant Saint Paul écrit : « Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui. » (1 Thess,13-14). Les funérailles chrétiennes sont censées exprimer cette foi, là, précisément : la foi en l’espérance que d’un soleil couchant peut advenir un soleil levant. C’est l’expression même de la foi chrétienne et de l’espérance en la résurrection de la chair et à la vie éternelle.
Le regard tourné vers l’orient est souvent un regard d’espérance : c’est là que commence un jour nouveau. Le ciel, d’un rouge intense annonce que bientôt le soleil va briller de tout son éclat. Lorsqu’à vue humaine toute chose sombre dans les ténèbres, seul un regard vers Jésus-Christ apporte un nouvel espoir.
L’Eglise a perdu de nos jours ombre de ses repères : un premier remède pourrait être de retrouver l’orientation physique de notre prière vers l’Est.

Mgr Georg Alois Oblinger, Recteur de Marienfried (diocèse d’Augsbourg)

Source : Kathnet (Trad. MH/APL)

* * * * Samedi, 20 avril 2019. Le “Gloria” par lequel l'Eglise annonce la résurrection du Christ : cliquer ici.

* * * * Samedi, 20 avril 2019.
Alors que dans le passé, avec S. Jean-Paul II puis Benoît XVI, le Chemin de Croix qui se déroule au Colisée de Rome réunissait habituellement (souvent sous la pluie) 50 000 fidèles - et parfois plus -, cette année, seules 15 000 personnes sont venues rejoindre le pape François pour prier avec lui.

Source : Kathnet.

* * * * Vendredi Saint 2019 : Christus factus est pro nobis obediens usque ad mortem... (cliquer ici)

* * * * Jeudi, 18 avril 2019.
Alors que l’Eglise s'apprête à célébrer ce Jeudi Saint le mystère de l’institution de l’Eucharistie, il est opportun de se pencher sur la nature réelle du sacerdoce ministériel. Comme le rappelle très régulièrement le cardinal Sarah qui est aujourd'hui l’un des rares prélats à rappeler la doctrine de l'Eglise sur cette question, le sacerdoce ministériel connaît une crise très profonde.
Beaucoup de gens estiment que les multiples scandales qui éclaboussent le sacerdoce sont dus justement à cette doctrine, que l'on accuse d'avoir favorisé une « idéalisation » du prêtre, en faisant de lui un personnage nécessairement doté de qualités exceptionnelles et dont toute parole doit être considérée comme parole divine. Certains réclament donc une « désacralisation » de la figure du prêtre, et d’autres vont même jusqu’à réclamer la suppression du sacerdoce ministériel tel que l’Eglise le conçoit depuis ses origines.
SAINTE MESSE
Tout catholique qui connaît et comprend la théologie catholique du sacerdoce ne peut qu’être consterné en entendant ce genre de revendications qui, en réalité, démontrent que celles et ceux qui les portent ne comprennent strictement rien à la nature réelle du sacerdoce ministériel. Saint-Paul, dans son Epître aux Hébreux, donne déjà une idée de sa nature véritable : tout grand prêtre, en effet, est pris parmi les hommes ; il est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu ; il doit offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Il est capable de compréhension envers ceux qui commettent des fautes par ignorance ou par égarement car il est, lui aussi, rempli de faiblesse ; et, à cause de cette faiblesse, il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés comme pour ceux du peuple (He, 5, 1-3).
Cette méditation de saint Paul fait du sacerdoce de l’Ancienne Alliance une préfiguration du Sacerdoce nouveau, qui est celui du Christ, auquel participent de manière ministérielle les prêtres par leur ordination et les fidèles par leur grâce baptismale. On le voit, on est là très loin de la figure du prêtre vue comme étant nécessairement quelqu’un de « génial », de « formidable », de « sympathique », doté d'un pouvoir charismatique extraordinaire.
SACERDOCE MINISTERIEL
Au contraire, saint Paul parle d'un homme « rempli de faiblesse » - quoniam et ipse circumdatus est infirmitate, nous dit la Vulgate -, c’est-à-dire d’un homme nécessairement indigne de la fonction qu’il porte - le Sacerdoce du Christ -, fonction qui dépasse très largement sa pauvre personne. Suivant en cela les enseignements de saint Paul, l’Eglise a toujours exigé du prêtre que, conscient de sa propre indignité, il s’efface complètement derrière la charge qu’il exerce et qui le configure. La réalité est que les soi-disantes « qualités » du prêtre, sa personnalité propre, son soi-disant « charisme » n’ont strictement aucune importance et doivent totalement s’effacer derrière la personne du Christ, en particulier lorsqu’il célèbre la Sainte Liturgie. Au cours de celle-ci, le prêtre ne prêche pas des idées personnelles, mais il doit prêcher « la saine doctrine » dont parle saint Paul dans son épître à Timothée, c’est-à-dire la doctrine de l’Eglise ; il ne se célèbre pas lui-même, mais il célèbre le Christ, et doit donc s’effacer derrière le rite hérité de la Tradition sans inventer ni modifier quoi que ce soit. Alors, et alors seulement, il peut dire comme l’Apôtre : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi ».
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Totalement configuré au Christ chaste, pauvre et obéissant, le prêtre « alter Christus » est comparable à cette « vitre impeccable » (cf. texte déjà publié) qui, loin de faire écran entre les fidèles et le Mystère par ses tics et ses défauts, permet à ceux-ci de voir, à travers le prêtre exerçant dans l’humilité sa charge, plus loin et plus haut que sa seule personne. D’où la nécessité pour le prêtre de célébrer tourné dans le même sens que les fidèles, c’est-à-dire vers l’Orient ; car dans la Liturgie ce n’est pas le visage personnel du prêtre que les fidèles recherchent mais celui du Christ ; d’où la nécessité pour le prêtre de porter ordinairement la soutane, signe visible de sa consécration totale à Dieu et de son humilité ; d’où la nécessité pour lui d’approfondir sans cesse sa vie intérieure, de prier quotidiennement le bréviaire, de faire du Sacrifice eucharistique le sommet de ses journées, de passer beaucoup de temps au confessionnal à disposition de ses fidèles, de vivre dans la simplicité et la pureté du coeur, etc.
Voilà ce que les fidèles attendent de leurs prêtres ; voilà ce que l’Eglise attend de ses prêtres ; voilà ce que le Christ attend de ses ministres. Il faut bien être convaincu que les multiples scandales qui ont récemment touché le clergé proviennent, non pas du caractère sacré du sacerdoce, mais au contraire du fait que cette approche traditionnelle du sacerdoce ministériel n’est plus - et depuis longtemps - enseignée dans les séminaires ni vécue au sein de l’immense majorité du clergé diocésain.

* * * * Jeudi, 18 avril 2019. La bien-pensance franco-franchouillarde qui s’offusque de voir que sommes importantes vont être dépensées pour restaurer Notre-Dame alors qu’il y a tant de pauvres autour de nous, aurait grand avantage à (re)lire - surtout en ce Jeudi Saint - l’épisode de l’Evangile qu’on désigne sous le titre d’ « onction à Bethanie » et qui sert de prélude à la dernière Cène. Autrement dit, à l’annonce de la mort du Christ.
Dans cet épisode, une femme, que Jean identifie à Marie, sœur de Lazare, verse sur la tête de Jésus un flacon de parfum d’un grand prix. Geste qui provoque immédiatement chez les disciples une réaction de protestation : quel gaspillage alors qu’il y a tant de pauvres !
Nous connaissons le nom de celui qui s’indigne le plus. Il s’appelle Judas. Et nous savons la suite : il livrera Jésus à ses bourreaux.
Le jugement de Jésus, qui s’est laissé oindre, est cependant bien différent. Il ne parle pas de « gaspillage ». Sans rien ôter au devoir de charité envers les indigents, auprès desquels les disciples devront toujours se dévouer, il déclare : « Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous ».
N’oublions jamais que c’est sous les régimes totalitaires les plus durs que furent détruits les plus beaux sanctuaires, que furent détruites les plus belles œuvres d’art religieux.
Ce vandalisme - que nous avons connu en France sous la terreur qui faisait suite aux généreuses idées des révolutionnaires - a-t-il fait disparaître la pauvreté ?
En aucune façon : à la pauvreté matérielle, il a ajouté la privation de l’expression d’une spiritualité qui est souvent, comme l’expliquait Saint François d’Assise ou, plus proche de nous, Sainte Teresa de Calcuta, d’un grand secours pour les plus pauvres d’entre les pauvres.

* * * * Jeudi, 18 avril 2019. Le Jeudi Saint, nous nous agenouillons devant le Saint Sacrement de l’autel, devant le Christ qui nous a confié son héritage suprême : sa Présence.
« Il est bon de s’entretenir avec Lui et, penchés sur sa poitrine comme le disciple bien-aimé (cf. Jn 13, 25), d’être touchés par l’amour infini de son cœur. Si, à notre époque, le christianisme doit se distinguer surtout par “l’art de la prière”, comment ne pas ressentir le besoin renouvelé de demeurer longuement, en conversation spirituelle, en adoration silencieuse, en attitude d’amour, devant le Christ présent dans le Saint-Sacrement ? » (Jean Paul II, Ecclesia de Eucharistia, n.25).
Dans notre esprit, nous voyons ce grand pape que fut Saint Jean-Paul II agenouillé devant le Très Saint Sacrement alors que ses proches le décourageaient de faire ce geste en raison de ses énormes infirmités physiques.
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Qui pourrait assez remercier notre Dieu et l’adorer pour l’incroyable bonté avec laquelle il se donne lui-même en nourriture à ses fidèles ?
Le Saint Sacrifice de la messe - car la messe est bien un sacrifice avant d’être un repas fraternel - est le cœur de l’Eglise, la source de sa vie. Voilà pourquoi l’Eglise a aujourd’hui plus que jamais besoin de vrais témoins qui, fidèles à la doctrine apostolique, adorent le Mystère eucharistique avec amour, le célèbrent avec un infini respect et le défendent avec courage. Il faut toujours « souligner le rapport intrinsèque entre Eucharistie et mission (...). Plus l’amour pour l’Eucharistie sera vivant dans le cœur du peuple chrétien, plus le devoir de la mission sera clair pour lui : porter le Christ. Ce n’est ni une idée ni un commandement moral inspiré par Lui, mais c’est le don de sa propre Personne. (...) Par conséquent, du Mystère eucharistique, auquel on croit et que l’on célèbre, naît l’exigence d’éduquer constamment tout le monde au travail missionnaire dont le centre est l’annonce de Jésus, unique Sauveur. Cela évitera de réduire à un aspect purement sociologique l’œuvre déterminante de promotion humaine, qui est toujours impliquée dans tout processus authentique d’évangélisation. » (Cf. Benoît XVI, Sacramentum Caritatis, n. 86).
Celui qui s’était déclaré l’ami des pauvres (« Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ? » Jean 12, 5-6) montre, le Jeudi Saint, ce qui est réellement dans son cœur : le poison de la trahison. Juda se révêle être l’idéologue d’un faux messianisme. En réalité, il s’est fermé à la vérité divine pour devenir l’homme de main de Satan (Cf. Jn 13, 2).
« Malheur à celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né ! » (Cf. Matthieu 26, 24).
Cette année, l’Eglise du Seigneur traverse le mystère pascal du Christ d’une manière particulière. Le pape Jean-Paul II avait prophétisé la « confrontation radicale » avec des mots clairs : « Foi et incroyance ; Evangile et anti-Evangile ; Eglise et anti-église ; Dieu et anti-Dieu, si on peut le dire... » (Cf. discours du 2 novembre 1980). Le Catéchisme de l’Eglise catholique décrit également cette lutte apocalyptique : « Avant l’avènement du Christ, l’Eglise doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants (cf. Lc 18, 8 ; Mt 24, 12). La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre (cf. Lc 21, 12 ; Jn 15, 19-20) dévoilera le “mystère d’iniquité” sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair (cf. 2 Th 2, 4-12 ; 1 Th 5, 2-3 ; 2 Jn 7 ; 1 Jn 2, 18-22). »
Ainsi, en toutes choses et à tout moment, l’Eglise fait l’expérience de la Passion de Jésus et de la trahison. Le temps est arrivé de faire des choix décisifs : faut-il plaire au monde ou devons-nous nous agenouiller devant le Saint Sacrement ? (
Cliquer ici pour écouter le “Pange lingua / Tantum ergo”)

* * * * Mercredi, 17 avril 2019. L’une des grandes caractéristiques de la crise actuelle de la liturgie est la perte de la signification des rites et la désacralisation du contexte dans lequel ils doivent se dérouler. Cette désacralisation, loin de rapprocher les fidèles de la foi, les en éloigne en contribuant à vider de leur sens des rites qui trouvent leur source dans les Ecritures ainsi que dans des pratiques en rapport direct avec la foi.
Hélas, force nous est de reconnaître que cette dérive est aujourd’hui encouragée par le pape François lui-même lorsqu’il transforme le rite du « Mandatum » - le lavement des pieds - en une sorte de manifeste spectaculaire probablement non dénué d’arrières pensées politiques, qui contribue à détourner la liturgie de son but spirituel pour la mettre au service d’idéologies dans l’air du temps.
Ainsi, dans le contexte actuel d’ignorance généralisée, celui qui tente de rappeler que chaque rite a un sens bien précis s’insérant dans le contexte de la liturgie et que ce sens ne peut être manipulé ni détourné passe pour un pharisien rigide et sans coeur, incapable de comprendre la générosité et le grand coeur d’un pontife prêt à célébrer l’office de la Cène du Seigneur dans n’importe quel endroit et dans n’importe quelles conditions.
Afin de dissiper les malentendus et de mettre un peu de clarté sur ce sujet, il nous a paru nécessaire, en cette Semaine sainte 2019 et à quelques jours du Jeudi saint, d’effectuer quelques rappels historiques et théologiques sur cette question.
Il convient, en premier lieu, de distinguer le rite du lavement des pieds en général de celui, bien spécifique, qui doit être mis en oeuvre dans le cadre de la liturgie du Jeudi saint, au coeur de la Messe « in Coena Domini ».
SAINT LOUIS
Le premier, à la rigueur, peut être pratiqué à n’importe quel moment de l’année et par n’importe qui ; exprimant uniquement la charité et l’humilité par l’imitation du Christ, ce rite a été pratiqué au cours de l’histoire dans des contextes très différents et qui n’étaient pas véritablement liturgiques : par exemple, sous l’Ancien Régime, il était de coutume que les Rois lavent les pieds de douze pauvres avant de les servir à table ; ce rite, pratiqué par de nombreux souverains européens - dont le plus célèbre est Saint Louis - permettait de souligner la dimension sacrée de la fonction royale sans pour autant se dérouler dans un cadre liturgique stricto sensu. Le rite du lavement des pieds a aussi été pratiqué dans beaucoup d’autres contextes qu’il serait trop long d’énumérer ici.
Le rite du lavement des pieds tel qu’il a été inséré (à partir de 1955 seulement) dans la Messe « in Coena Domini », tout en reprenant les thèmes de la charité et de l’humilité, leur donne une toute autre dimension. Restitué dans le cadre de la messe suite à la réforme de la Semaine sainte voulue par le pape Pie XII, il prend place, comme l’attestent les Evangiles, dans le cadre d’un « banquet sacré » dont la signification est intimement liée à l’institution du sacerdoce de la Nouvelle Alliance. Par conséquent, en permettant que des femmes ou bien des non-baptisés puissent se faire laver les pieds au cours de la liturgie du Jeudi saint, on valorise uniquement le geste de charité du Christ. Or, tel n’est pas le sens essentiel du rite du lavement des pieds tel qu’il s’intègre dans cette Messe : le geste que fait le Christ le Jeudi saint n’est pas seulement le signe d’un service ordinaire rendu à chacun ; il n’est pas une marque de charité car, dans ce contexte liturgique très précis, il signifie d’abord un service sacerdotal accompli « in persona Christi ».
LAVEMENT
Les apôtres - et Pierre le premier - ne le comprennent pas. Le Christ lui-même s’en rend compte puisqu’il dit à Pierre : « Quod ego fácio, tu nescis modo, scies autem póstea. » (Ce que moi je fais, toi, tu ne le sais pas maintenant ; mais tu le sauras plus tard.)
Le lavement des pieds de la messe du Jeudi saint ne se limite donc pas à traduire ou à signifier un acte de charité. C’est avant tout un geste rituel qui participe de la façon la plus étroite qui soit à l’institution du sacerdoce ministériel. Le caractère « sacerdotal » du geste du lavement des pieds est clairement souligné par la parole du Christ à Pierre : « Si non lávero te, non habes partem mecum » (Jn 13, 8).
Dans la tradition juive, l’acte du lavement des pieds est un rituel de « préconsécration » pour l’ordination des Lévites (Cf. Exode 29, 4). En parlant d’ « [avoir] part avec lui », le Christ adopte un langage explicitement lévitique, sacerdotal : il « préconsacre » les apôtres qui reçoivent, lors de la même soirée, la plénitude du sacrement de l’ordre, c’est à dire l’épiscopat.
De sorte que lorsque le Christ dit à Pierre : « Si non lavero te, non habes partem mecum », il lui dit surtout : si Je ne te lave pas, tu ne pourras jamais te prévaloir d’être un de « mes » prêtres.
Cette dimension sacrée intimement liée au sacerdoce ministériel est encore aujourd’hui toujours bien mise en valeur dans les liturgies des Eglises orientales, restées bien plus fidèles que l’Eglise d’Occident à l’esprit des premiers siècles, esprit qui permet de comprendre la signification profonde de ce rite sacré. Les Orientaux (
ici, dans un séminaire orthodoxe de Saint-Petersbourg) vont jusqu’à rejouer le célèbre dialogue entre le Christ et Simon Pierre, lorsque ce dernier refuse, au nom, justement, d’une humilité mal comprise, de se laisser laver les pieds par le Maître.
Sous le pontificat de Benoit XVI, la cérémonie conservait encore cette dimension sacrée, non seulement parce qu’elle se déroulait à la basilique du Latran (qui, rappelons-le, est la cathédrale de l’évêque de Rome) et non ailleurs, mais encore parce que ce symbolisme sacré était respecté par le fait que le pape, revêtu de la dalmaticelle diaconale symbolisant le service, lavait les pieds de douze prêtres, conformément à la tradition (
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BENOIT LAVANT LES PIEDS

L’admission de femmes au rite du lavement des pieds du Jeudi Saint remet donc clairement en question le lien de ce rite avec le sacerdoce ministériel. Si le pape, pour exprimer simplement la charité et l’humilité chrétiennes, souhaite laver les pieds de personnes autre que des prêtres, il peut le faire à n’importe quel moment de l’année et dans n’importe quel endroit, sans pour autant toucher au rite tel qu’il est inclut dans la liturgie du Jeudi Saint et risquer ainsi d’en réduire considérablement tant la richesse de sa signification théologique que d’en abîmer le lien fondamental avec le sacerdoce ministériel.
Ainsi, est-il essentiel que le rite du Lavement des pieds de la Messe « in Coena Domini », pour conserver toute sa puissance signifiante dans et au service de la liturgie qui exprime et transmet la foi de l’Eglise, soit préservé comme un « modèle sacré » et donc célébré selon les normes reçues de la Tradition. Ce n’est que de cette façon qu’il saura inspirer, par la force et la puissance de son symbolisme sacré, tous les autres actes de charité et d’humilité qui ont leur place dans l’unique Eglise du Christ.

* * * * Mercredi, 17 avril 2019. Depuis des temps anciens l’Eglise a établi des signes sensibles qui aident les fidèles à élever leur âme vers Dieu. Le concile de Trente, en se référant en particulier à la Sainte Messe, a validé cette coutume en rappelant que « comme la nature humaine est telle que sans appuis externes elle ne puisse facilement s’élever à la méditation des choses divines, ainsi la Sainte Mère Eglise a institué des rites déterminés à fin de contempler la majesté d’un si grand sacrifice [i.e. l’Eucharistie] et amener les âmes des fidèles, grâce à ces signes visibles de religion et de piété, à la contemplation des plus hautes réalités cachées dans ce sacrifice.
Un des signes les plus anciens consiste à se tourner vers l’orient pour prier. L’orient est le symbole du Christ, le Soleil de justice. Erik Peterson a démontré l’étroite connexion entre la prière vers l’orient et la croix, connexion évidente jusqu’assez tard dans la période constantinienne. Parmi les chrétiens se diffusa la coutume d’indiquer la direction de la prière par une croix suspendue au mur oriental de l’abside des basiliques, mais aussi des habitations privées, par exemple, de moines et d’ermites. La communauté, pendant l’oraison ne regardait pas, de fait, vers l’autel ou le siège du célébrant, mais élevait les yeux vers le haut. Ainsi l’abside en vint à devenir l’élément le plus important dans la décoration de l’église, dans le moment le plus intime et saint de l’action liturgique, la prière.
Ainsi, quand dans l’abside le Christ est représenté entourés des apôtres et des martyrs, il ne s’agit pas seulement d’une représentation, mais bien d’une « épiphanie » placée devant la communauté en prière. Etant donné que l’abside était le point de convergence du regard des priants, l’art fournissait ce dont l’homme en prière avait besoin : le Ciel, duquel le Fils de Dieu se montrait à la communauté comme depuis un tribunal.
Pour autant, prier et être en oraison formait un tout pour les chrétiens de l’Antiquité tardive. L’orant ne cherchait pas seulement à parler, mais espérait aussi voir. Si dans l’abside se montrait de manière merveilleuse une croix céleste ou Christ dans sa gloire céleste, alors pour cela même l’orant qui regardait vers le haut pouvait voir exactement ceci : le ciel s’ouvrait pour lui et lui montrait le Christ.

Le crucifix au centre de l’autel à la messe « versus populum ».

A partir d’études historiques plus ou moins récentes, on a déduit que la liturgie ne pouvait se comprendre véritablement que si on l’imagine principalement comme un dialogue entre le prêtre et l’assemblée.
Nous ne pouvons pas entrer ici dans les détails : limitons-nous à dire que la célébration de la Sainte Messe « versus populum » est un concept qui est arrivé à faire partie de la mentalité chrétienne seulement à l’époque moderne, comme l’ont démontré des études sérieuses et comme Benoît XVI l’a réaffirmé : « l’idée que le prêtre et le peuple en prière devraient se regarder réciproquement naquit seulement à l’époque moderne et reste complètement étrangère à la chrétienté antérieure. De fait, le prêtre et le peuple ne dirigent pas l’un vers l’autre leur prière, mais la dirigent ensemble vers l’unique Seigneur » (Cf. Théologie de la Liturgie, Cité du Vatican 2010, PP. 7-8).
Même si Vatican II n’a pas abordé cet aspect, l’instruction « Inter Oecumenici » de 1964, émanation de la commission chargée de mener à bien la réforme liturgique voulue par le Concile, prescrit au N. 91 : « Il est bon que l’autel majeur soit séparé du mur pour en faire facilement le tour et célébrer « versus populum ». Depuis ce moment, la position du prêtre « vers le peuple », bien que n’étant jamais obligatoire, devint la forme la plus commune de célébrer la Messe. Les choses étant ainsi, Joseph Ratzinger proposa, même dans ces cas, de ne pas perdre l’antique signification de la prière « orientée » et suggéra de surmonter les difficultés en posant au centre de l’autel le signe du Christ crucifié (Cf. Théologie de la Liturgie, p. 88).
La visibilité de la croix sur l’autel est présupposée par la Présentation générale du Missel romain : « pareillement, sur l’autel, ou près de lui, on place une croix avec l’image du Christ crucifié, qui puisse être vue sans obstacle par le peuple rassemblé ». Il n’est toutefois pas précisé si la croix doit nécessairement se trouver au centre. Ici interviennent pourtant des motivations d’ordre théologique et pastoral qu’il est difficile d’exposer en peu de lignes. Citons donc à nouveau Joseph Ratzinger : « Pendant la prière il n’est pas nécessaire, bien plus, il ne convient même pas de se regarder mutuellement ; encore moins en recevant la communion. […] Par une application exagérée et mal comprise de la ‘célébration face au peuple’, de fait, on a retiré comme norme générale - même dans la basilique de Saint Pierre à Rome - les croix du centre des autels, pour ne pas gêner la vue entre le prêtre et le peuple. Mais la Croix sur l’autel n’est pas un obstacle à la vue : elle est un point de référence commun. C’est une ‘iconostase’ qui demeure ouverte, qui n’empêche pas la mise en communion réciproque, mais qui œuvre comme médiatrice et qui cependant signifie pour tous cette image qui concentre et unifie nos regards. J’oserais même proposer la thèse que la Croix sur l’autel n’est pas un obstacle, mais la condition préliminaire pour la célébration ‘versus populum’. Par ce moyen, la distinction entre la liturgie de la Parole et la prière eucharistique en viendrait à redevenir claire. Tandis que dans la première il s’agit d’une annonce et donc d’une relation réciproque immédiate, dans la seconde il s’agit d’une adoration communautaire dans laquelle tous nous suivons l’invitation : tournés vers le Seigneur - adressons-nous au Seigneur ; tournons-nous vers le Seigneur ! » (Cf. Théologie de la Liturgie, p. 536).

* * * * Mercredi, 17 avril 2019. En 2002 était publiée une nouvelle version du Missel romain restauré à la suite de Vatican II. C’est cette version que doivent utiliser les prêtres qui se veulent fidèles au Concile. Par rapport à la version précédente de 1975, elle comporte quelques nouveautés ou précisions dont voici un bref rappel des plus importantes :
* affirmation du rôle de l’évêque diocésain en tant que promoteur et gardien de toute la vie liturgique ;
* les choix proposés par le Missel sont confiés au prêtre célébrant qui est « serviteur de la liturgie » et ne peut de son propre chef enlever, ajouter ou modifier quoi que ce soit ;
* certaines « adaptations » mineures relèvent de l’autorité de l’évêque diocésain, d’autres, plus importantes, de la Conférence des évêques ;
* dans certaines célébrations jointes à la messe, on omet les rites d’ouverture ou on les accomplit différemment ;
* s’il n’est pas possible d’exécuter le chant d’entrée, au lieu de réciter l’antienne d’ouverture, le prêtre peut adapter l’antienne d’ouverture sous la forme d’une monition d’ouverture ;
* il faut observer le silence durant la liturgie de la Parole ;
* il faut favoriser la méditation et le recueillement en évitant toute forme de précipitation.
* dans la célébration de la messe avec le peuple, les lectures sont toujours proclamées à l’ambon ;
* à la fin de la lecture faite à l’ambon, le lecteur dit l’acclamation : « Parole du Seigneur » et tous répondent : « Nous rendons grâce à Dieu ». (Le missel précédent disait « on peut ajouter l’acclamation » ; dans la nouvelle édition du Missel, elle est devenue obligatoire.)
* après la prière d’ouverture, le célébrant « peut » introduire les fidèles à la liturgie de la Parole, en quelques mots « très brefs » ;
* il faut choisir la Prière eucharistique uniquement parmi celles du Missel ou qui ont été approuvées par le Siège apostolique. Seul le prêtre prononce cette prière en vertu de son ordination. Les conférences épiscopales peuvent approuver l’insertion d’acclamations à la seule condition qu’elles soient approuvées par le Saint-Siège.
* concernant la décoration de l’autel : les fleurs sont déposées autour de l’autel, jamais sur l’autel.
* on ne doit disposer sur l’autel que ce qui est requis au moment requis : l’Evangéliaire du début de la messe jusqu’à l’Evangile, le calice, la patène, le ciboire, le corporal, le purificatoire, la pale et le Missel depuis la présentation des dons (offertoire) jusqu’à la purification des vases (après la communion) ;
* les livres liturgiques - surtout l’Evangéliaire et le Lectionnaire - doivent être dignes, nobles et beaux ;
* il n’est pas possible de remplacer les textes des chants prescrits (par exemple le « Gloire à Dieu », le « Je crois en Dieu », l’ « Agneau de Dieu »...) par d’autres paroles ;
* il est important d’observer les prescriptions du rite romain ; le Missel romain doit être reçu et utilisé comme un instrument et un signe de l’intégrité et de l’unité du rite romain.

* * * * Mercredi, 17 avril 2019. Avant de quitter ses fonctions, Benoît XVI avait voulu proposer aux prêtres de son diocèse une dernière « petite évocation » du concile Vatican II, tel qu’il l’avait vécu. En conclusion de son exposé, il avait tenu à faire la critique du rapport qui s’était instauré entre le « vrai concile » - celui que nous attendons encore l’application en France - et le « concile des médias » - celui qui s’est généralisé dans les paroisses -, entre le concile réel et le concile virtuel.
Voici ce que Benoît XVI avait dit :
« Je voudrais maintenant ajouter encore un point : il y avait le concile des Pères - le vrai concile - mais il y avait aussi le concile des médias. C’était presque un concile en soi et le monde a perçu le concile à travers eux, à travers les médias.
Donc le concile immédiatement efficace qui est arrivé au peuple a été celui des médias, pas celui des Pères. Et, alors que le concile des Pères se réalisait à l’intérieur de la foi, et c’était un concile de la foi qui cherche l’ « intellectus », le concile des journalistes ne s’est pas réalisé, bien évidemment, à l’intérieur de la foi, mais à l’intérieur des catégories des médias d’aujourd’hui, c’est-à-dire hors de la foi, avec une herméneutique différente.
C’était une herméneutique politique.
Pour les médias, le concile était une lutte politique : une lutte pour le pouvoir entre différents courants au sein de l’Eglise. Il était évident que les médias prendraient position en faveur de la tendance qui leur paraissait la plus conforme à leur monde. Il y avait ceux qui cherchaient la décentralisation de l’Eglise, le pouvoir pour les évêques puis, à travers l’expression « peuple de Dieu », le pouvoir du peuple, des laïcs... Il y avait cette triple question : le pouvoir du pape, transféré ensuite au pouvoir des évêques et au pouvoir de tous, la souveraineté populaire. Bien entendu, pour eux, c’était cette tendance-là qui devait être approuvée, promulguée, favorisée.
Il en était de même pour la liturgie : la liturgie n’était pas intéressante en tant qu’acte de la foi, mais comme une chose où l’on fait des choses compréhensibles, une chose d’activités de la communauté, une chose profane. Et nous savons qu’il y avait une tendance, ayant également des fondements historiques, à dire : la sacralité est une chose païenne, éventuellement une chose de l’Ancien Testament aussi, mais dans le Nouveau Testament, le seul fait qui compte, c’est que le Christ est mort dehors : c’est-à-dire en dehors des portes, c’est-à-dire dans le monde profane. Par conséquent la sacralité devait être abandonnée et le culte devait revêtir un aspect profane : le culte n’est pas culte, c’est un acte de la collectivité, de la participation commune, et donc aussi la participation comme activité.
Ces traductions, ces banalisations de l’idée de concile, ont été virulentes dans la pratique de l’application de la réforme liturgique ; elles étaient nées d’une vision du concile allant au-delà de sa propre clé de lecture : la foi.
Nous savons que ce concile des médias était accessible à tout le monde. C’était donc le concile dominant, plus efficace... et il a créé beaucoup de calamités, beaucoup de problèmes, vraiment beaucoup de malheurs : séminaires fermés, couvents fermés, liturgie banalisée… Et le vrai concile a eu du mal à se concrétiser, à se réaliser ; le concile virtuel était plus fort que le concile réel.
Mais la force réelle du concile demeurait présente comme force permettant le vrai renouvellement de l’Eglise. Il me semble que nous constatons que ce concile virtuel se brise, disparaît, et qu’apparaît le vrai concile avec toute sa force spirituelle. Et il est de notre devoir de travailler pour que le vrai concile, avec sa force de l’Esprit-Saint, se réalise et que l’Eglise soit réellement renouvelée. »

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